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Motif de consultation Baron, un chien berger australien,
mâle de 5 mois, nous est présenté pour une vaccination piroplasmose. Au cours de l’examen
pré-vaccinal, sa propriétaire nous signale l’émission fréquente en fin d’exonération de selles
molles parfois teintées de sang. Baron reçoit une alimentation de qualité et est correctement
vacciné et vermifugé (2 comprimés de Drontal ND un mois auparavant).
Commémoratifs et anamnèse Le jour de l’examen, Baron est
vif et présente un très bon état général. Son poids est de 20 kg, ce qui semble parfaitement
conforme à l’âge et à la stature du chien. En raison de l’âge du chien et de l’absence d’autres
symptômes, l’hypothèse d’une colite d’origine parasitaire (trichurose, giardiose ou coccidiose) est
retenue en priorité et un examen coproscopique est demandé au laboratoire. Le résultat révèle la
présence de nombreux parasites de type Giardia. Un traitement à base de métronidazole (Flagyl ND)
est prescrit, à raison d’un gramme par jour pendant 5 jours renouvelé 15 jours après.
Examen clinique
Un peu plus d’un mois après cette visite
vaccinale, Baron nous est à nouveau présenté en raison de la persistance des symptômes de colite,
parfois associés à des épisodes plus rares de vomissements. Sa propriétaire nous rapporte l’émission
fréquente de selles plus ou moins hémorragiques mêlées à du mucus. Le chien, bien qu’anormalement
calme, présente un état général satisfaisant et un appétit conservé, mais son poids est de 17 kg.
L’auscultation et la palpation abdominale ne révèlent rien d’anormal et la température rectale est
de 38,3°C.
Hypothèses diagnostiques L’âge du chien, ainsi que son très bon
état général, orientent notre diagnostic vers une pathologie essentiellement intestinale: colite
chronique ulcérative ou maladie inflammatoire chronique de l’intestin (MICI). Une endoscopie à la fois
haute et basse est donc proposée.
Endoscopie Gastroscopie: l’aspect endoscopique
de l’estomac est peu modifié, la muqueuse est saine sans érosions, ni surélévations. Les plis muqueux
ont un aspect normal et s’effacent normalement à l’insufflation. La réalisation des biopsies s’effectue
normalement, la paroi gastrique est souple et la muqueuse pas particulièrement friable. Seule est
constatée une muqueuse un peu plus érythémateuse à l’entrée de l’antre pylorique.
Duodénoscopie: le passage du pylore s’effectue sans difficultés. La muqueuse
apparaît plus brillante qu’à la normale. Des zones congestionnées sont constatées ainsi qu’une plus
grande friabilité lors de la réalisation des biopsies Il n’est par contre pas constaté de zones
érosives.
Coloscopie: la muqueuse semble là aussi congestionnée et oedématiée. La
vascularisation sous-muqueuse n’est plus visible. Aucune érosion ou ulcération n’est constatée. De
nombreuses biopsies étagées sont réalisées dans l’estomac, le colon, ainsi que
dans l’iléon terminal, après passage de la pince à biopsie à travers la papille iléale.
Résultats histologiques Laboratoire IDEXX Alfort
L’examen histologique des biopsies gastriques révèle la présence de plusieurs infiltrats
inflammatoires pseudofolliculaires ainsi que la présence dans le mucus gastrique de
nombreuses bactéries de type Helicobacter et de rares protozoaires de type leishmanie. Au niveau de
l’intestin grêle, tant en région duodénale qu’en région de l’iléon distal, mais également au niveau
du colon, l’inflammation est beaucoup plus marquée avec une infiltration du
chorion par des lymphoplasmocytes et des granulocytes éosinophiliques. On note également sur ces
biopsies la présence de nombreux macrophages, dont le cytoplasme contient de
nombreux éléments figurés suggérant des protozoaires de type leishmanie.
Photo 1: Infiltration du chorion de la muqueuse du colon par des
macrophages contenant de nombreuses leishmanies. Col. HES. Obj 50 X. Cliché IDEXX. |
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Photo 2: Muqueuse gastrique : au centre macrophage contenant des
leishmanies. Col. HES. Obj 100 X. Cliché IDEXX |
Quelques lésions nécrotico-érosives et exsudatives sont également constatées sur quelques biopsies.
Un diagnostic d’entérocolite granulomateuse sévère, associée à la présence de protozoaires
probablement de type leishmanie, est donc posé.
La diarrhée hémorragique et la présence de structures ovales intracytoplasmiques dans les
macrophages, pouvant également évoquer une histoplasmose, il est décidé de confirmer le diagnostic
de leishmaniose par une sérologie et d’explorer d’éventuelles répercussions
hépatorénales
Résultats sérologiques Laboratoire IDEXX Alfort
L’examen biochimique révèle une concentration en urée, créatinine, ALT et PAL dans les intervalles
de référence et une hyperglobulinémie associée à une légère hypoalbuminémie. Une
analyse d’urine indique une densité urinaire supérieure à 1.050 et une protéinurie à une croix.
L’examen sérologique réalisé par immunofluorescence indirecte est positif au titre de 1/3200 (seuil
de positivité: dilution au 1/50ème).
Diagnostic Nous confirmons ainsi le diagnostic d’entérocolite
secondaire à une infestation par leishmania.
Traitement Un traitement à base d’antimoniate de méglumine
(Glucantime ND) et d’allopurinol ( Zyloric ND) est mis en place aux doses suivantes :
- Glucantime: 100 mg/kg/ jour tous les jours pendant 25 jours en SC
- Zyloric: 30 mg/kg/jours en 2 prises p.o. pendant 3 mois, puis maintenu à 20 mg/kg/jour une semaine
par mois.
Suivi Au cours du premier mois, Baron est revu tous les 10
jours pour contrôler les fonctions rénale et la protéinurie. Aucune anomalie n’est constatée au cours
du traitement au Glucantime. L’amélioration clinique est rapide. Après 20 jours de
traitement, Baron a repris 3 kg, les diarrhées hémorragiques ont disparu et l’activité physique est
redevenue normale.
Discussion Ce cas est intéressant car il s’agit d’une
leishmaniose dont les symptômes sont exclusivement digestifs. Aucun symptôme cutané
n’a effectivement été mis en évidence. Dans le cas de Baron, l’hypothèse diagnostique de leishmaniose
était difficile à envisager puisque l’expression clinique n’était pas évocatrice. La colite isolée,
sans autre symptôme clinique, est considérée comme une forme atypique d’expression de
la maladie (1). Très peu de cas sont répertoriés dans la littérature. Deux études rétrospectives
réalisées sur 158 chiens atteints cliniquement de leishmaniose en Grèce (2) et une autre sur 150 chiens
naturellement infectés par Leishmania infantum en Italie du sud (3) ne décrivent pas d’animaux
présentant des symptômes digestifs isolés. Des diarrhées y sont décrites dans 3% (3) à 3,8 %
(2) des cas, mais elles sont associées à d’autres symptômes généraux marqués et évocateurs de la
maladie (signes cutanés, adénomégalie, anémie...). Certains auteurs ont considéré que ces symptômes
digestifs étaient la conséquence d’une réaction inflammatoire induite par d’autres pathologies présentes
lors de leishmaniose comme la pancréatite aiguë (4), l’insuffisance rénale ou l’insuffisance hépatique
(2); or dans notre cas, les analyses sanguines ne révèlent aucune atteinte hépatorénale.
Deux cas de colite chronique, comme seul signe clinique attribué à la leishmaniose, ont
été décrits chez deux chiens naturellement infectés (5). Ces cas sont comparables au
nôtre. Il s’agit de chiens jeunes (âgés de moins de 1an), sans autre signe clinique. Les analyses
sanguines ne révèlent qu’une hyperprotéinémie. L’examen endoscopique du tube digestif montre une
muqueuse intestinale colique très inflammatoire, avec quelques zones érosives. L’histologie révèle une
infiltration inflammatoire sévère de cette muqueuse et de la sous-muqueuse par des macrophages
renfermant des éléments basophiles dans leur cytoplasme, deslymphocytes, quelques neutrophiles. Les
éléments intracytoplasmiques sont identifiés, après marquage à la peroxydase, comme étant des
leishmanies. Des parasites ont aussi été trouvés dans les macrophages de la moelle osseuse.
Dans notre cas, l’hypothèse de leishmaniose a été permise de manière inhabituelle,
puisque l’endoscopie était l’examen déclencheur, en permettant l’examen histologique avec la mise en
évidence les leishmanies.
Ce cas illustre l’intérêt d’effectuer cet examen d’imagerie associé à des examens de biopsies dans de
nombreuses affections digestives. En effet, une étude a été menée sur 31 chiens atteints cliniquement
de leishmaniose par infestation naturelle à Leishmania infantum, avec ou sans signes cliniques de
colite associés (7). L’examen coloscopique et les biopsies digestives réalisées au cours de l’examen
ont révélé que 25,8% de ces animaux présentaient des lésions macroscopiquement visibles de type
inflammatoire. La muqueuse apparaissait inflammatoire, oedematiée, irrégulière avec quelques zones
érosives. Des amastigotes ont été identifiés par immunohistochimie chez 32,3% de ces chiens. Chez 0,2%
des chiens, des parasites ont été détectés sans que des lésions macroscopiques de la muqueuse colique
ne soient visibles. Une corrélation positive a été établie entre la présence du parasite dans la
muqueuse colique et la visualisation de lésions lors de l’examen endoscopique. Ainsi, les auteurs
concluent que la leishmaniose doit faire partie des hypothèses diagnostiques dans le diagnostic
différentiel des diarrhées chroniques d’origine infectieuse ou parasitaire, au même titre que
Histoplasma, Salmonella, Yersinia, Giardia, Trichuris, Ankylostome, Uncinaria, Entamoeba et
Balantidium (1).
Pour poser le diagnostic de certitude, il est néanmoins utile d’effectuer une
sérologie.
La technique PCR peut également être effectuée sur des biopsies intestinales, mais elle présente une
moindre sensibilité en présence de formol.
Sur une simple prise de sang, il est préférable de réaliser une sérologie en
première intention, la PCR donnant de moins bons résultats sur ce matériel.
En recherchant le lieu d’infection avec les propriétaires, il est très vraisemblable que le chien se
soit contaminé lors d’un séjour au Portugal. Ceci souligne également l’importance de tester les
animaux au retour de vacances dans des régions enzootiques. Il est également intéressant de noter
que les symptômes digestifs ont totalement disparu, uniquement grâce au traitement ciblé
antileishmanies.
Ce qu’il faut retenir de ce cas
- Endoscopie: extrêmement utile et efficace lorsqu’elle est associée à des
examens histologiques sur biopsie.
- Clinique de la leishmaniose: ne pas attendre les symptômes cutanés pour y
penser!
- Dépistage: effectuer systématiquement un examen sérologique lors de
retours de vacances en région enzootique.
- Examen sur sang: sur ce matériel, demander de préférerence une sérologie
plutôt qu’une PCR.
Bibliographie
- BLAVIER A. and coll: Atypical forms of canine leishmaniosis. Veterinary Journal, 2001; 162:
108-120.
- KOUTINAS AF. and coll: Clinical considerations on canine visceral leishmaniosis in Greece: a
retrospective study of 158 cases (1989-1996). J. Am. Anim. Hosp. Assoc., 1999; 35: 376-383.
- CIARAMELLA P. and coll: A retrospective clinical study of canine leishmaniasis in 150 dogs
naturally infected by Leishmania infantum. Vet. Record, 1997; 141 (21): 539-543.
- CARRASCO L., and coll : Acute haemorrahgic pancreatitis associated with canine visceral
leishmaniosis. Vet. Record, 1997; 141, 519-21.
- FERRER L. and coll: Chronic colitis due to Leishmania infection in two dogs. Vet. Pathol.,
1991; 28 (4): 342-343.
- GONZALEZ JL., FERMIN ML, GARCIA P., ROLLAN E., CASTANO M.: Erosive colitis in experimental
canine leishmaniasis. J. Vet. Med., 1990; 37: 377-382.
- ADAMAMA-MORAITOU K. et coll: Asymptomatic colitis in naturally infected dogs with Leishmania
infanum: a prospective study. Am.J.Trop.Med.Hyg. 2007; 76 (1), 53-57.
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Focus
La leishmaniose: diagnostic de laboratoire
Franck Guetta, DVM, Mercedes Estrada, DVM
Parmi les questions ci-dessous, figurent celles étant les plus fréquemment posées par nos confrères
au service d’aide au diagnostic lors de suspicion de leishmaniose.
Quel est le meilleur test pour diagnostiquer la leis maniose?
En première intention, il est toujours recommandé de commencer par un examen sérologique
à la clinique ou au laboratoire.
Quelle est la technique sérologique du SNAP®
Leishmaniose IDEXX réalisable au cabinet? Il s’agit d’un test rapide ELISA réalisable sur
sérum ou plasma, 2 à 3 mois après exposition. Il présente une sensibilité et une spécificité, de
respectivement 96.3% et 99.2 % et permet de déterminer l’état d’infection de l’animal dès la première
consultation.
Dans quel cas demander une sérologie au laboratoire?
Lorsque le résultat du test réalisé au cabinet est positif ou douteux, il est ensuite nécessaire de
déterminer le titre en anticorps au laboratoire par le dosage des anticorps anti-leishmanies par
immunofluorescence indirecte.
Quel est l’intérêt d’avoir un titre sérique? Les anticorps
étant souvent présents, même après un traitement efficace, seul le titrage permet de suivre
l’évolution de l’infection en réalisant plusieurs dosages avant et après le traitement. Les
porteurs asymptomatiques ont d’ailleurs un titre plus faible.
Si l’examen sérologique est négatif, puis-je exclure une leishmaniose?
Non, car de nombreux chiens infectés – en particulier immunodéprimés – ainsi que
la plupart des chiens asymptomatiques – en particulier avec une forte immunité
cellulaire – sont séronégatifs.
Pourquoi associer l’électrophorèse à la sérologie?
Bien qu’il s’agisse d’un examen non spécifique, la mise en évidence d’une
diminution du rapport albumine/globulines (inférieur à 0.7) et d’un pic polyclonal
en béta et/ou gamma globulines sont des éléments diagnostiques fortement en faveur.
Quel est l’intérêt de demander une PCR? La technique PCR est
une méthode extrêmement sensible et spécifique pour détecter les leishmanies via une
portion infime de leur génome. Sa sensibilité est nettement supérieure à celle de la sérologie en
phase chronique ou sur des patients immunodéprimés, car elle est indépendante du statut immunitaire
de l’individu.
Dans quel cas demander la PCR? Généralement en seconde
intention, lorsque le résultat sérologique n’est pas satisfaisant (négatif ou limite) en présence
d’un contexte clinique évocateur.
Quel matériel envoyer pour la PCR? Le matériel de choix
reste la ponction médullaire. La ponction ganglionnaire et le calque/raclage
cutané sont réalisés en présence des symptômes et lésions correspondants. Les
matériels sont déposés dans un tube EDTA ou sur un frottis. Il est à noter qu’une PCR peut
également être effectuée sur des biopsies ou des pièces d’exérèse. La PCR ayant une moindre
sensibilité en présence de formol, on veillera donc à envoyer 2 types de
prélèvements: une sans formol pour la PCR et une avec
formol pour l’examen histologique.
Peut-on demander une PCR sur sang? C’est déconseillé en
raison d’une plus faible sensibilité. Néanmoins, elle reste intéressante – car
toujours plus sensible qu’un examen microscopique direct – pour des raisons pratiques liées au matériel.
Quelles sont les lésions cutanées classiques pouvant faire suspecter une
leishmaniose? Ce sont surtout des dépilations avec squamosis (furfur leishmanien),
des ulcérations muco-cutanées, des nodules intradermiques et le fameux allongement des griffes.
Comment suspecter une leishmaniose lors d’une endoscopie digestive?
Il n’est pas possible de suspecter une leishmaniose à partir des lésions digestives macroscopiques
observées. A l’endoscopie, il s’observe une lésion inflammatoire analogue à celle
d’une entérocolite de n’importe quelle origine. Le diagnostic doit se faire par l’examen
histologique des biopsies obtenues lors de l’endoscopie. Il permet d’établir le
diagnostic étiologique (leishmanies), l’importance de l’infestation parasitaire et l’intensité de
la réaction inflammatoire.
Pourquoi réaliser un suivi de traitement si l’animal va mieux?
Les symptômes cliniques disparaissent généralement quelques semaines après le
début du traitement, mais à ce stade, l’animal peut encore héberger des parasites
dans la moelle osseuse. Les divers traitements de la leishmaniose canine sont généralement
longs, coûteux – en particulier pour les grands chiens – avec des effets
secondaires plus ou moins graves. Ils peuvent également entraîner des problèmes
de résistance pour certains chiens traités plusieurs fois avec le même médicament.
Il est donc utile pour le praticien de savoir quand arrêter le traitement entrepris, après
la disparition des symptômes.
Quel est le meilleur test pour le suivi de traitement?
Les titres sériques demeurent élevés pendant des mois, même en l’absence de signes
cliniques. Seul un examen direct, comme la technique PCR, permet de savoir si l’animal est encore
infecté, ou s’il a réussi à éliminer les parasites, en particulier dans la moelle osseuse et le
système lymphatique. La PCR est donc une méthode de choix pour mettre en évidence les infections
persistantes malgré le traitement. Le protocole de Ferrer propose de stopper le
traitement après disparition des signes cliniques, normalisation des examens de routine et deux
PCR négatives sur moelle osseuse espacées de 6 mois.
Quid du diagnostic de la leishmaniose féline? La forme
clinique la plus fréquente est cutanée. Bien qu’il s’agisse d’une pathologie rare,
elle doit être suspectée en région enzootique de leishmaniose canine en présence de symptômes
cutanés caractéristiques. Il semble que les chats soient naturellement plus résistants aux
infections. Dans tous les cas cliniques européens décrits – Portugal, Espagne, France et Italie –
il s’agissait de L. infantum. La détection des anticorps est également réalisable par
immunofluorescence; les titres sériques semblent néanmoins plus faibles que chez
le chien, surtout chez les chats FeLV et/ou FIV positifs. La PCR se révèle alors
incontournable pour détecter les leishmanies, en particulier sur les tissus cutanés.
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