Focus
Diagnostic de trois maladies infectieuses
canines transmises par les tiques
Franck Guetta, DVM, Reference Laboratory Medical Associate
Parmi les nombreuses maladies vectorielles, les tiques représentent
la principale source d’agents pathogènes.
Quelles sont les maladies infectieuses transmises par les
tiques les plus fréquemment rencontrées en France chez
le chien ?
Il n’est pas possible de répondre avec certitude à cette question,
chiffres à l’appui. Au laboratoire, de manière empirique, il s’agit
essentiellement de la piroplasmose (Babesia canis), de l’ehrlichiose
monocytaire canine (Ehrlichia canis) et de la borréliose
(Borrelia burgdorferi sensu lato).
Quelles sont les espèces de tiques impliquées dans la
transmission de ces agents pathogènes en France ?
Babesia canis : Dermatocentor reticulatus et Rhipicephalus
sanguineus
Ehrlichia canis : Rhipicephalus sanguineus
Borrelia burgdorferi : Ixodes ricinus et Rhipicephalus sanguineus
Où trouve-t-on ces « maladies à tiques » ?
La répartition de ces maladies suit celle des vecteurs correspondants.
Le genre Ixodes prédomine, car il est présent dans tous les départements
de France.
Rhipicephalus: risque élevé dans le Sud de la France, plus faible
dans le reste du pays.
Dermacentor est le vecteur de la sous-espèce prédominante
Babesia canis sensu stricto, présent dans les régions froides,
alors que Rhipicephalus sanguineus est le vecteur de la sousespèce
Babesia canis vogeli.
Quels sont les symptômes devant faire penser à ces
maladies?
Les symptômes observés sont souvent peu spécifiques. Il faut
penser aux « maladies à tiques » en présence :
- D’une hyperthermie d’intensité et d’évolution variables
- D’un abattement, d’une apathie
- D’un amaigrissement
- De troubles locomoteurs
- De troubles du système hématopoïétique
Cette liste est loin d’être exhaustive. D’autres symptômes touchant
d’autres organes sont également observés : affections
rénales, articulaires, neuromusculaires, etc.
Quels sont les résultats de laboratoire de routine permettant
de poser un diagnostic de suspicion ?
Il est toujours très utile de réaliser d’emblée une numération et
formule sanguines, associées à une électrophorèse des protéines
sériques.
Les modifications hématologiques rencontrées sont :
- Anémies
Les formes observées sont nombreuses et diverses
car elles sont la conséquence d’inflammations chroniques,
d’hémolyses, d’hémorragies ou d’hypoplasies médullaires.
- Thrombocytopénie
Les plaquettes peuvent être détruites, séquestrées,
insuffisamment produites ou consommées exagérément.
- Modifications leucocytaires
Ici aussi les troubles sont assez variés : leucopénie ou
leucocytose avec neutrophilie, monocytose, éosinophilie.
L’examen du frottis sanguin permet en outre de mettre en
évidence les Babesia ou Hepatozoon canis (autre parasite sanguin
transmis par Rhipicephalus sanguineus).
L’électrophorèse n’est pas un examen spécifique, mais la présence
d’une hyperprotidémie, avec une hypoalbuminémie, associée
à une hyperglobulinémie (rapport A/G diminué) souvent en γ
mais aussi en α2 et β, sont des éléments d’orientation forts.
Attention aux gammapathies monoclonales observées lors
d’ehrlichioses - qui se traduisent par un pic monoclonal en β ou
γ - qui peuvent parfaitement mimer un myélome.
Babesia canis, Mérozoïtes intraérythrocytaires
(frottis sanguin), x 1000.
En pratique, parmi les tests spécifiques, que faut-il choisir
entre sérologie ou PCR ?
Les tests spécifiques détectent l’agent pathogène ou mesurent
la concentration en anticorps « témoins » de l’infection.
Le type de test à réaliser en première intention est différent pour
les 3 maladies, pour lesquelles les pathogénies des 3 agents
infectieux et les performances de chaque test sont différentes.
Maladies transmises par les tiques |
Test souvent demandé en 1ère intention |
Autres tests |
Babésiose (Babesia canis)
|
PCR (sang) |
Sérologie (IFI) |
Ehrlichiose (Ehrlichia canis)
|
PCR (sang) |
Sérologie (IFI) |
Borréliose (Borrelia burgdorferi)
|
C6 qualitatif,
suivi par C6
quantitatif |
ELISA IgG Résultat
positif à confirmer
par un Western blot |
Attention : le choix du test à réaliser doit tenir compte de ces
recommandations mais également de toutes les informations
cliniques et thérapeutiques de l’animal.
L’idéal étant souvent de coupler les examens sérologiques et
PCR afin d’obtenir le maximum d’informations sur l’infection.
Pourquoi le choix des tests diagnostiques est différent si
le traitement a été entrepris ?
Il est recommandé d’éviter une méthode directe (PCR ou examen
du frottis sanguin) de détection lorsque l’animal est déjà
traité (tétracyclines ou imidocarbe). La diminution de la bactériémie
/ parasitémie alors observée diminue en effet fortement la
probabilité de détecter l’agent infectieux.
Quelles sont les indications de la sérologie ?
La sérologie, couplée ou non à la PCR, est indispensable lors
d’infections chroniques, les méthodes directes pouvant être négatives.
En cas d’infections aiguës, il est nécessaire d’attendre au moins
2/3 semaines après les premiers symptômes avant la première
prise de sang pour s’assurer de la présence des premiers anticorps.
Dans ce cas, une deuxième prise de sang, 2 semaines après la
précédente permet la réalisation d’une cinétique en anticorps.
Sur quel matériel doit-on réaliser la recherche de Borrelia
par PCR ?
En fonction des symptômes, il est conseillé de prélever du LCR
(troubles nerveux), de la synovie (troubles articulaires) ou de l’urine
(en cas de fièvre) dans un tube EDTA. La recherche sur sang est
déconseillée, sauf en présence d’une fièvre importante.
En quoi le test C6 est-il si particulier pour le diagnostic des
infections à Borrelia burgdorferi ?
Le test C6 qualitatif repose sur une nouvelle technologie permettant
de détecter les anticorps du peptide C6. Cette protéine
est une portion immunodominante conservée, très spécifique de
l’antigène de surface VIsE de Borrelia burgdorferi. La technologie
C6 autorise l’identification de l’anticorps spécifique synthétisé
lors d’infection active.
Quand dois-je faire la prise de sang pour réaliser ce test ?
Le test C6 n’est positif que si des Borrelia vivantes sont présentes
dans l’organisme. Généralement, le test est positif 3 semaines
après la morsure de la tique.
Existe-t-il des interférences avec d’autres infections
ou des vaccins ?
Non. La spécificité des anticorps détectés permet d’éviter les
réactions croisées avec d’autres infections de spirochètes (par
ex. leptospires) et de distinguer une infection d’une vaccination.
Fluorescence vert pomme de morula d’Ehrlichia canis dans
des macrophages. Résultat positif en IF (x 1000).
Quelles analyses peut-on réaliser pour le suivi
de traitement ?
De manière générale, il est intéressant de coupler la sérologie à la
PCR, afin de suivre conjointement l’évolution du titre sérique et de
la charge en agents infectieux.
- Ehrlichiose : le suivi par PCR est le plus utile, car le titre
sérique peut rester élevé plusieurs mois, voire des années,
après l’élimination du parasite. Cette élimination ne peut être
confirmée avec certitude qu’après une recherche PCR négative
sur sang, moelle osseuse et rate. L’électrophorèse des
protéines sériques est également intéressante pour suivre
l’évolution de la concentration en globulines et de la courbe
correspondante.
- Piroplasmose : la recherche PCR nous renseigne sur
l’élimination du parasite dans le sang.
- Borréliose : réaliser un Test C6™ ELISA quantitatif 3 à 6
mois après le début du traitement. Une diminution de la
concentration en anticorps anti-C6 de plus de 50% indique
que le traitement est efficace.
Quelle est l’indication du Bilan « maladies à tiques » ?
Ce bilan regroupe 4 tests de laboratoire :
- Babesia spp. PCR
- Ehrlichia/Anaplasma PCR
- Ehrlichia canis sérologie (IF)
- Borrelia burgdorferi (C6 qualitatif)
Il est intéressant à réaliser lors de suspicion clinique d’une ou de
plusieurs de ces maladies transmises par les tiques, pour lesquelles
la non spécificité des symptômes n’autorisent pas le diagnostic
différentiel.
Ce bilan présente également l’avantage de mettre en évidence la
présence de coinfections.
Il ne nécessite que 2 mL de sang EDTA et 2 mL de sérum.
Borrelia burgdorferi (microscopie sur fond noir).
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