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Anamnèse et commémoratifs
Depuis plusieurs jours, Cookies présente une épistaxis sévère. Il est
à noter que Cookies est né à Dakar, où il a passé pratiquement ses
2 premières années (1 an et 9 mois et demi exactement).
Examen clinique
L’animal présente un bon état général. Le seul symptôme à noter
est donc cette épistaxis.
Hypothèses diagnostiques
Toute cause traumatique ayant été éliminée, la première étape
consiste à classifier les troubles de l’hémostase.
| Troubles de l’hémostase
primaire |
Troubles de l’hémostase
secondaire |
| Thrombocytopénie |
Anomalie des facteurs de la
coagulation |
| Thrombopathie |
Examens complémentaires
Exploration de l’hémostase
Hémostase primaire
Lors de la démarche diagnostique, la réalisation du temps de
saignement est une étape clef du diagnostic différentiel des troubles
de l’hémostase primaire et secondaire.
Dans le cas de Cookies, le temps de saignement est allongé. Il s’agit
donc d’un trouble de l’hémostase primaire.
Hémostase secondaire
Certains troubles de l’hémostase primaire s’accompagnent parfois
de troubles de l’hémostase secondaire (coagulation plasmatique).
En particulier lorsque l’hémorragie provoque une consommation
excessive des facteurs de coagulation.
L’analyse de prélèvements de plasma citraté envoyés au Laboratoire
IDEXX Alfort confirme l’absence d’anomalies de l’hémostase
secondaire.
| Analyses |
Résultats |
Valeurs usuelles |
| Temps de Quick (s) |
8.9 |
< 8.8 |
| Temps de Céphaline (s) |
12.2 |
< 13.5 |
| Temps de thrombine (s) |
19.0 |
< 18.0 |
| Fibrinogène (mg/dL) |
248 |
120–290 |
Hématologie sur LaserCyte™
| Paramètres mesurés |
Valeurs |
Valeurs usuelles |
| Globules rouges (x1012/L) |
4.54 |
5.50–8.50 |
| Hématocrite (%) |
31.1 |
37.0–55.0 |
| Hémoglobine (g/dL) |
12.9 |
12.0–18 |
| VGM (fL) |
68.6 |
60.0–77.0 |
| TCMH (pg) |
28.43 |
18.50–30.00 |
| CCMH (g/dL) |
- |
- |
| IDR (%) |
15.9 |
14.7–17.9 |
| % réticulocytes |
0.6 % |
|
| Réticulocytes (k/μL) |
29.2 |
|
| Globules blancs (109/L) |
5.26 |
5.50–16.9 |
| % neutrophiles |
75.0 % |
|
| % lymphocytes |
10.5 % |
|
| % monocytes |
11.9 % |
|
| % éosinophiles |
2.0 % |
|
| % basophiles |
0.6 % |
|
| Neutrophiles (109/L) |
3.94 |
2.00–12.00 |
| Lymphocytes (109/L) |
0.55 |
0.50–4.90 |
| Monocytes (109/L) |
0.63 |
0.30–2.00 |
| Eosinophiles (109/L) |
0.10 |
0.10–1.49 |
| Basophiles (109/L) |
0.03 |
0–0.10 |
| Plaquettes (k/μL) |
233 |
175–500 |
| VPM (fL) |
7.62 |
|
| IDP |
31.3 % |
|
| PCT |
0.2 % |
|
Les résultats hématologiques mettent en évidence une légère
anémie normocytaire normochrome régénérative, accompagnée
d’une légère leucopénie.
Aucune thrombocytopénie n’est observée.
Biochimie sur VetTest®
Les valeurs des paramètres biochimiques de base se situent bien
dans les intervalles de référence correspondants.
| Paramètres mesurés |
Valeurs |
Valeurs usuelles |
| Urée (g/L) |
0.308 |
0.147–0.567 |
| Créatinine (mg/L) |
10.3 |
5.0–18.0 |
| ALAT (U/L) |
36 |
10–100 |
| Glucose (g/L) |
0.82 |
0.74–1.43 |
Diagnostic préliminaire
La présence d’un trouble de l’hémostase primaire sans thrombocytopénie
permet de conclure que l’origine de l’épistaxis observée
est thrombopathique.
Dosage du facteur de von Willebrand
La maladie de Willebrand est la maladie hémorragique héréditaire
la plus fréquente chez le chien. Elle se manifeste par des signes
cliniques similaires aux autres thrombopathies, avec le plus souvent
des hémorragies des muqueuses (hématurie, saignements
gastro-intestinaux, épistaxis) ou des saignements plus importants
dans les cas sévères.
La confirmation de cette maladie repose sur le dosage du facteur
de von Willebrand.
| Analyse |
Résultat |
Valeurs usuelles |
| Facteur de von Willebrand (%) |
101 |
55–150 |
La valeur obtenue se situe dans l’intervalle de référence. Elle permet
donc d’éliminer la maladie de Willebrand.
Recherche des causes infectieuses
Les points à considérer en priorité pour la recherche d’une
origine infectieuse sont :
- La thrombopathie à l’origine des symptômes hémorragiques
- La localisation de Cookies en Alsace près de la frontière
allemande
- Son anamnèse : Cookies a vécu plus d’un an et demi à Dakar.
Compte tenu de ces éléments, les maladies infectieuses recherchées
en priorité sont des maladies vectorielles :
- L’ehrlichiose
- La borréliose
- La leishmaniose
- La piroplasmose
| Analyse |
Résultat |
Valeurs usuelles |
| Ehrlichose (Ehrlichia canis)
|
1/2560 négatif |
< 1/40 négatif |
Borréliose (Borrelia burgdorferi)
|
12.7 |
< 8.0 : négatif 8.0–12.0 : douteux < 12.0 : positif |
| Leishmaniose (Leishmania infantum)
|
1/100 |
< 1/50 |
| Piroplasmose (Babesia canis)
|
négatif négatif |
< 1/80 négatif |
Les résultats à retenir sont donc :
- Un titre élevé en anticorps anti-Ehrlichia canis :
infection confirmée.
- Un titre faible en anticorps anti-Leishmania infantum et
anti-Borrelia burgdorferi ; ces résultats ne permettent donc
pas de conclure à une infection.
Diagnostic
Les symptômes observés, l’anamnèse et les résultats sérologiques
permettent de proposer un diagnostic d’ehrlichiose dont
le seul symptôme observé est une epistaxis.
Etant donné le titre très élevé en anticorps anti-Ehrlichia, il est fort
probable qu’il s’agisse d’une infection chronique.
Traitement
Cookies est traité à la Doxycyline (Ronaxan®) pendant 6 semaines.
Suivi
Cookies va très bien depuis la fin du traitement. Aucun autre
épisode d’épistaxis n’a été mis en évidence depuis ce jour.
Discussion
Quelle approche diagnostique pour les troubles de
l’hémostase ?
Lors de troubles de l’hémostase, il est essentiel de suivre une approche
diagnostique méthodique. Elle commence par la réalisation
d’un temps de saignement – difficile parfois à réaliser correctement
en clinique – afin de déterminer s’il s’agit d’un trouble de
l’hémostase primaire ou secondaire.
Dans le cas de Cookies, l’épistaxis étant le seul symptôme hémorragique,
il était fort probable qu’il s’agissait d’un trouble de
l’hémostase primaire. L’épistaxis est en outre plus fréquemment
rencontrée chez les races dolichocéphales, telles que Cookies.
Les symptômes associés lors de troubles de la coagulation sont
généralement des hémorragies plus abondantes, en particulier
dans les grandes cavités.
La présence d’une anomalie de l’hémostase primaire sans thrombocytopénie
nous laisse naturellement suspecter une thrombopathie.
Il est alors recommandé d’éliminer en premier lieu la maladie
de Willebrand, maladie relativement fréquente, dont le diagnostic,
assez facile, repose sur le dosage du facteur de von Willebrand.
Comment expliquer les deux autres résultats sérologiques
faiblement positifs ?
Avec des titres sériques faiblement positifs, la leishmaniose et
la borréliose restaient peu probables, en raison principalement
de l’absence d’autres symptômes évocateurs. Le titre faiblement
positif en anticorps anti-Leishmania pourrait s’expliquer par une
infection ancienne sans développement de la maladie, l’animal
ayant vécu près de 2 ans dans une région enzootique. Quant au
titre sérique faiblement positif pour Borrelia, il est relativement fréquent
dans l’Est de la France que des chiens asymptomatiques
soient séropositifs, suite à des expositions répétées à l’agent
pathogène. Enfin, l’arrêt total des symptômes suite au traitement
à la Doxycyline, longtemps encore après l’arrêt du traitement, est
un argument supplémentaire pour penser qu’Ehrlichia canis était
probablement le seul agent étiologique. En effet, ce traitement
est inefficace contre la leishmaniose. En outre, il est peu vraisemblable
qu’une borréliose ne s’exprime cliniquement que par une
épistaxis.
Pourquoi la recherche d’Ehrlichia canis par PCR était
négative malgré l’infection ?
Cette négativité peut s’expliquer par le moment où la recherche
a été réalisée. En effet, les résultats du premier prélèvement réalisé
rapidement dès la première visite étant ininterprétables – pour
des raisons techniques liées très probablement à la présence de
substances inhibitrices – ce n’est malheureusement qu’une fois le
traitement entrepris que le deuxième prélèvement de sang a pu
être réalisé. La diminution de la charge parasitaire dans le sang
devenue inférieure au seuil de détection pourrait donc expliquer
ce résultat négatif.
Cette discordance entre les résultats sérologiques et PCR souligne
une fois de plus l’importance du choix des analyses et de
l’interprétation des résultats, toujours à la lumière des informations
fournies par l’anamnèse, le tableau clinique et le traitement.
Dans notre cas, si seul l’examen PCR avait été réalisé, l’infection à
Ehrlichia canis n’aurait pas pu être confirmée.
Comment expliquer l’absence de thrombocytopénie pour
cette infection à Ehrlichia canis ?
L’ehrlichiose entraîne des troubles d’hémostase primaire par 2
mécanismes :
- Thrombocytopénie : des mécanismes immunologiques et
inflammatoires entrainent une diminution du nombre de
plaquettes par consommation, par destruction et par
séquestration.
- Thrombopathie : l’altération de la membrane plaquettaire
cause un dysfonctionnement des plaquettes. Cette
modification membranaire est associée à l’hyperglobulinémie.
Si la thrombocytopénie est l’anomalie hématologique la plus
régulièrement observée dans les formes aiguës et chroniques, les
infections expérimentales sont accompagnées par un nombre de
plaquettes situé dans les valeurs usuelles basses.
Puisqu’Ehrlichia canis peut entrainer une altération de la fonction
plaquettaire, des hémorragies peuvent donc être observées chez
des chiens ayant un nombre de plaquettes normal, augmenté ou
diminué.
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